Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants,

Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,

Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,

Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne,

Alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie

La République de Platon

 

 

Mithridate est un tyran, Pharnace un tyran en devenir. Leurs actes sont dénoués de pitié. Dans leurs gestes et actions il y a la violence, l’arrogance, l’arrivisme pour la conquête du pouvoir, le mépris pour la volonté et la vie d’autrui avec la volonté d’en écraser le libre arbitre. Simplement il ont perdu toute humanité au point de condamner à mort un être qui devrait être cher à leur chœur et imposer un mariage forcé à des jeunes filles, banalisant ainsi ce qui n’est d’autre que un viol.

 

Le début de l’œuvre est pourtant étonnamment gai et juvénile. Une musique qui semble parler de tout autre. Mozart nous parle d’une tragédie avec son arrogante jeunesse. Une tragédie d’un père tyran et de jeunesse volé dont il a été la première victime. Ce choix musical pourrai à toute première vue déconcerter tel un erreur de jeunesse du jeune Mozart. Pourtant à bien y réfléchir on exprime la joie lors l’évènements heureux, on pourrai donc imaginer que la mort de Mitridate, ou la mort du père patron, serait à fêter comme un jour de naissance, ou plus précisément de renaissance. C’est ainsi que débutera donc notre spectacle, tel une fête d’anniversaire et le début d’une fête gâché.

 

Cette œuvre en parlant de guerre, nous parle aussi de liberté bafoué, de mépris de souffrance ainsi que de sa reproduction dans un schéma inexorable, tel un cancer qui se nourri du dictats et du sens que nous avons bien voulu attribuer aux mots de « devoir », et « honneur » lui hottant toute forme de noblesse. Des thèmes de cruelle actualité. Comment en sommes nous arrivées à cela ? Comment est il possible que encore aujourd’hui nous nous retrouvons à assister inermes et indifférents aux tragédies de mépris des libertés d’autrui ? N’avons donc nous pas évolué depuis les guerres de Mitridate ? Avons nous perpétré son manque d’humanité jusqu’à plus savoir en sortir ?

 

Ce qui nous intéresse est de trouver l’issue du cycle de souffrance et reproduction car dans cette histoire un tyran n’est que le fils d’un autre tyran mais également victime d’une autre victime. Pharnace est la victime de son père et Mitridate victime de sa propre famille. Des victimes que n’ont pas su trouver leur humanité et qui n’ont fait que reproduire le seul exemple que ils ont reçu et n’ont pas su ou n’ont pas voulu voir d’autres issue. Mais pour éradiquer n’importe quel cancer il faut en chercher l’origine. Alors comme dans toutes les tragédies, il faut chercher dans l’origine de la violence inhumaine de Mitridate et Pharnace et comme dans toute analyse, chercher donc dans leurs propre enfance. Peut on réellement imaginer qu’ils aient pu recevoir l’amour véritable dont chaque enfant a droit ? Nous ne le croyons pas. C’est œuvre nous parle donc également de l’enfance gâché : celle des fils de Mitridate, copains plutôt que composer sous l’emprise d’un père patron ?d’Aspasia et Ismene et de Mitridate lui même. Des vies volés et violés. Mozart lui-même aurait-il peut être simplement préféré flâner, dessiner ou jouer avec des amis 

 

Pourtant un issue existe, sous les yeux de tous, elle est la sous nos yeux en ce moment même et c’est d’une simplicité ahurissante : l’issue est le pardon et la pitié dont parle Ismène, l’amour, le respect et la liberté que cherche Aspasia. Des mots et des principes nobles que portant dans notre société moderne nous avons réussi à ridiculiser, banaliser, suffoquer sous une montagne de fausses excuses, sous le poids de préceptes idiots et injuste nous perpétrons encore aujourd’hui l’injustice. Par notre manque de courage et de perspective nous nous hottons nous même notre libre arbitre et en sommes donc responsables et pas seulement victimes. Ainsi Aspasia est enfermé dans une petite tour, encerclé par des barres très espacées, les dictats moraux et familiale, qui lui permettraient de s’échapper mais elle ne le fait et ne le fera pas.

Aspasia est une jeune fille, elle est donnée en mariage au vieux Mitridate, elle se plie à cette volonté, ça serait un déshonneur ne pas le faire.  Mais je ne peux pas imaginer qu’elle puisse s’y plier dans le bonheur et la joie. Mitridate est vieux, il a déjà fait suicider plusieurs de ses femmes, il a tué sa propre mère et fuit son propre père.

 

J’imagine Aspasia avec le poids de la famille et de la tradition, mais aussi avec une volonté de vivre, de liberté, une force et une arrogance juvénile qu’elle est contrainte à cacher et réprimer.

 

La femme victime aura donc le choix entre enfermer à son tour ses propres enfants et élever des nouveaux tyrans devenant peut être elle même tyrannique, ou mourir. La vie, la liberté, la pitié, le pardon et l’amour ne font même pas partie des choix possible. Seulement soumission ou sacrifice. Tant qu’elle n’arrêteras pas ce schéma elle ne sera jamais vraiment libre, et nous non plus ! Mais comment se rebeller quand tout le monde est aveugle face à cette tragédie ou pire trouve même des paroles sacrée pour justifier  et légitimer cette action inhumaine de soumettre les plus faibles ?

La seule issue qu’elle trouve c’est donc un nouveau mari patron peut être moins agressif, moins violent, moins assoiffé et dangereux et c’est pour ça qu’elle choisi Sifare.

Sifare est un homme qui ne choisi pas mais qui se laisse choisir. Loyal envers tous, son père et son frère, mais qui paraît incapable d’une véritable passion. Il est fidèle, presque transparent et sans doute plus facile à manipuler, c’est pour ça que Aspasia le choisi. Mais ce que à première vue pourrais sembler de la lâcheté n’est d’autre que gentillesse et sincérité. Sifare c’est un des vrais héros de cet ouvrage que Aspasia comprendra et aimera vraiment seulement après son aria émouvante.

 

SIFARE Lungi da te, mio bene, Se vuoi ch’io porti il piede, Non rammentar le pene Che provi, o cara, in te.

Parto, mia bella, addio, Che se con te più resto Ogni dovere obblio, Mi scordo ancor di me.

 

 

Quand Pharnace se retrouve face à Ismene c’est dans la chambre vide d’Aspasia qu’ils se retrouvent. Lui rêve d’Aspasia, viole son univers, renifle ses vêtements, pendant que Ismene cherche à lui rappeler leurs nuits d’amour. Mais c’est sans espoir car lui est déjà dans un autre lit, rêvant d’autres nuits d’amour avec une autre femme. Mais ça ce n’est pas de l’amour.

 

Quand Mitridate fait son retour, alors que pour un bref instant Aspasia avait cru pouvoir imaginer une nouvelle vie à côté de Sifaré, elle est envahit par le désespoir.

 

Mais face au piège de Mitridate, que lui fait croire à une liberté inespéré, une lueur d’espoir la gagne et elle ne fait plus attention à cacher sa vraie nature, son enthousiasme se libère, elle est sincère, heureuse pour la première fois et étonnement moins vigilante. Elle livre son cœur à la mauvaise personne. Mitridate est vexé. Il réagi comme il l’a toujours fait, en décrétant la mort.

 

Mais c’est là qu’Ismene arrive. Une femme à nouveau. Le cœur blessé qui montre au vieux Mitridate un autre chemin, la voie du pardon, de la raison, de l’amour, de la vie. Mitridate ne comprend rien à cela et supplie stupidement la jeune Aspasia de l’aimer et de lui jurer fidélité. Ecrasante avue de faiblesse de Mitridate et Farnace que chacun à leur tour demandent l’amour de Aspasia.

Mais cette fois elle préfère mourir plutôt que de faire semblant encore une fois.

 

ASPASIA: Invan tu speri, ch’io mi cangi, o Signor. Prieghi non curo e minacce non temo. Appien comprendo qual sarà il mio destin; Ma nol paventa chi d’affrettarlo ardì.

Tendresse et amour paternel apparaissent à la fin comme un soupir quand il est désormais trop tard, quand personne ne pourra en profiter et soigner ses blessures car c’est l’heure de la mort.

 

MITRIDATE: Numi, qual nuova è questa gioia per me!Sorgi, o Farnace, e vieni agli amplessi paterni. Già rendo a te la tenerezza mia. Basta così: moro felice appieno

 

Les fils reprennent le flambeau et les mêmes enseignements du père, on repart à la guerre tous ensemble pour défendre la liberté et, alors que aucune guerre n’a jamais arrêté une autre guerre, c’est aussi à cet instant que tout les personnages abandonnent leurs espoirs juvénile rentrant dans leur nouveau rôle d’adulte aveuglés par les dogmes et la souffrance d’un avenir gâché : le leur, le notre, le votre.

 

 

When fathers get used to allowing their children to do as they please,

When sons no longer take any notice of their words,

When masters tremble before their pupils and prefer to flatter them,

When finally young people despise laws because they no longer recognize the authority of anything or anyone over them,

It is there, in all its beauty and all its youth, that tyranny begins.

Plato : The Republic

 

 

Mithridates is a tyrant, Pharnace a future tyrant. Their acts are devoid of pity. In their gestures and actions there is violence, arrogance, ambition for the conquest of power; they despise the will and life of others at the same time as they desire to crush freedom of choice. They have simply lost all humanity to the point of condemning to death a being who should be dear to their heart and of imposing a forced marriage on young girls, thus rendering commonplace what is nothing but rape.

 

Yet the beginning of the work is astonishingly gay and juvenile. A music seeming to talk of a totally different music. With his overbearing youth Mozart speaks to us of a tragedy, the tragedy of a tyrannical father and of stolen youth, of which he was the prime victim. At first sight this musical choice could appear to be a disconcerting youthful error by the very young Mozart. But on further reflection, we do express joy at happy events, so we could imagine that the death of Mithridates, or the death of the boss/father would be an event to celebrate as a birthday, or more precisely a re-birthday. So this is how our production will begin, like a birthday celebration or the beginning of a spoiled celebration.

 

By telling us about war, this work also tells us about freedom scorned, suffering despised, and its reproduction in an inexorable pattern, like a cancer nourished by directives that has eliminated the sense we attribute to the words "duty" and "honour", depriving them of all forms of nobility. Themes cruelly topical. How have we reached such a point? How is it possible that today we still find ourselves unarmed and indifferent to tragedies of scornfulness, to the freedom of others? Have we not progressed since Mithridates' wars? Have we continued to exercise his lack of humanity to the extent that we no longer know how to stop?

 

 

What interests us is to find a way out of this cycle of suffering and reproduction for in this story one tyrant is not just the son of another tyrant, but also the victim of another victim. Pharnace is the victim of his father and Mithridates a victim of his own family. Victims who have not been able to find their own humanity and who have done nothing but reproduce the only example they have seen and have not been able, or have not wished , to see any other solution. But to eradicate any cancer we need to find the cause. So, as in all tragedies, we need to find the origins of the inhuman violence of Mithridates and Pharnace, and, as in any analysis, look for a cause in their own childhood. Can we really imagine they received the genuine love to which every child has the right? We do not think so. It is this work that also tells us about a spoiled childhood: that of Mithridates' sons, of Aspasia and Ismene and of Mithridates himself. Lives stolen and violated. Mozart himself would perhaps have preferred just to go for walks, to draw or play with his friends rather than compose under the rule of his boss/father?

 

 

Yet a solution does exist, apparent for every one of us, within our sight at this very moment, and it is of an astounding simplicity : the solution is the pardon and pity Ismene talks about; the love, respect and freedom Aspasia is looking for.  Noble words and principles that in our contemporary society we have managed to render ridiculous, banal, burying them beneath a mountain of false excuses, under the weight of idiotic and unjust principles, thereby continuing to perpetrate the same injustice today. By our lack of courage and perspective we remove our own free will and are thus responsible and not just victims. So Aspasia is shut up in a small tower, encircled by widely-spaced bars, the moral and family diktats, which would allow her to escape; but she does not, and never will.

 

 

Aspasia is a young girl given in marriage to old Mithridates; she complies with this decision; it would be dishonourable not to do so. But we cannot imagine her accepting with happiness and joy. Mithridates is old, he has already driven several wives to suicide, he killed his own mother and fled  from his father. We imagine Aspasia weighed down by family and tradition, but also with a will to live, to be free, with a juvenile strength and arrogance she is obliged to hide and repress.

 

 

A female victim will thus have the choice between shutting up her own children in her turn and bringing up new tyrants, perhaps becoming tyrannical herself, or dying. Life, freedom, pity, pardon and love are not even possible choices; there is only submission or sacrifice. As long as she does not leave this pattern behind she will never be truly free, and neither will we! But how can we rebel when everyone is blind to this tragedy, or, worse, even  capable of finding holy words to justify and render legitimate the inhuman act of subjugating the weaker human beings?

 

 

The only solution she can find is a new boss/husband maybe less aggressive, less violent, less hungry for power, less dangerous, and that is why she chooses Xifares.

 

 

Xifares is a man who does not choose but allows himself to be chosen. He is loyal to everyone, to his father and his brother, but seems incapable of real passion. He is faithful ,almost transparent and no doubt easier to manipulate,and this is why Aspasia chooses him. What at first sight seems to be cowardice is nothing but kindness and sincerity. Xifares is one of the true heroes of this work, a man Aspasia will understand and really  love only after his moving aria.

 

 

Xifares : Lungi da te, mio bene, Se vuoi ch’io porti il piede, Non rammentar le pene Che provi, o cara, in te.

Parto, mia bella, addio, Che se con te più resto Ogni dovere obblio, Mi scordo ancor di me.

 

When Pharnace is confronted with Ismene they are in Aspasia's empty room. He is dreaming of Aspasia, he violates her universe, sniffs at her clothing, while Ismene tries to remind him of their nights of love. But it is hopeless, for he is already in another bed, dreaming of nights of love with another woman. But that is not love.

 

 

When Mithridates returns, Aspasia, who for a brief moment had believed she could imagine a new life with Xifares, is overcome with despair.

 

 

Confronted with Mithridates'trap, that allows her to believe in an unhoped-for freedom, a glimmer of hope seizes her and she no longer pays attention to hiding her true nature; her enthusiasm is freed; she is sincere, happy for the first time and astonishingly less vigilant. She gives her heart to the wrong person. Mithridates is vexed. He reacts as he has always done, by decreeing death.

 

It is at this point that Ismene arrives. Another woman. A wounded heart indicating to old Mithridates another path, the path of pardon, reason, love, life. Mithridates does not understand any of this and stupidly begs young Aspasia to love him and swear fidelity. An astonishing avowal of weakness on the part of both Mithridates and Pharnace who have each in turn asked for Aspasia's love.

 

But this time she prefers to die rather than pretend yet again.

 

ASPASIA: Invan tu speri, ch'io mi cangi, o Signor. Prieghi non curo e minacce non temo. Appien comprendo qual sarà il mio destin; Ma nol paventa chi d'affrettarlo ardì.

 

Tenderness and paternal love appear at the end, like a sigh when it is now too late, when no-one will be able to profit by them and heal the wounds, for it is now time to die.

 

MITRIDATE: Numi, qual nuova è questa gioia per me! Sorgi, o Farnace, e vieni agli amplessi paterni. Già rendo a te la tenerezza mia. Basta così: moro felice appieno

 

The sons take up the torch and the same doctrines as the father, all together we leave for the war to defend freedom and, even if no war has ever stopped another war, it is also at this moment that all the characters abandon their juvenile hopes and enter into their new roles as adults blinded by the dogmas and suffering of a spoiled future : theirs, ours, yours.

NOTE DE MISE EN SCENE ET DRAMATURGIE par Valentina Bressan

Concours La Monnaie 2015

Dramaturgie: Valentina Bressan

Scénographie: Valentina Bressan

Costumes: Valentina Bressan

Tel. +33(0) 6 19 15 59 59    I  valentinabressan@icloud.com

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